Création d’entreprises entant PME en Afrique subsaharien le cas de la Côte d’ivoire !

Comment se présente l’écosystème entrepreneurial en Côte d’ivoire ?

Qui en sont les principaux acteurs ?

Quels sont les mécanismes d’accompagnement mis en place pour les PME et comment pourrait-on les rendre plus efficients ?

Nous sommes des africains et africaines vivant en Afrique ou en dehors de ce continent, et sommes nombreux voulant contribuer au développement sur tous les plans et à la stabilité de nos différents pays notamment dans la partie subsaharienne par la création des entreprises diverses et variées selon les industries visées.

Mais qu’en est-il de l’écosystème des affaires dans cette partie de l’Afrique ?

L’un de mes slogans est de dire et encourager mes compatriotes Africains de vouloir entreprendre ensemble dans nos différents pays. Il est sen dire que notre volonté doit tout de même être orienté par la réalité sur l’environnement des créations d’entreprise, aussi bien en PME que ME dans un premier temps.

Après quelques recherches et lectures çà et là, je voudrais partager ici quelques réponses apportées aux questions que nous devrions nous poser avant de vouloir installer nos valises d’affaires par exemple en Côte d’ivoire. La création des PME en Côte d’Ivoire présente quelques réalités qui méritent attention avant tout. En 2012,juste après le pic de la guerre politique en côte d’ivoire, une toute nouvelle agence dans l’environnement entrepreneurial ivoirien a été créé. CEPICI, car c’est de cet organisme étatique dont il s’agit. Selon quelques rapports venant de cette agence, la Côte d’Ivoire a réalisé des progrès significatifs dans l’accompagnement à la création d’entreprises privées (sans de réels chiffres vérifiables). En instituant un guichet unique regroupant le greffe du tribunal du commerce, les services des impôts et de la sécurité sociale ainsi que des services notariaux, le pays aurait fait passer le délai moyen de création d’une entreprise de 40 jours à moins de 7 jours. Selon un rapport de la Banque Mondiale en guise de comparaison de l’environnement des affaires dans les différents pays avec lesquels elle est en relation, cette amélioration notable a valu à la côte d’ivoire de progresser en l’espace de dix ans de la 155ème à la 44ème place sur 190 pays, au titre de la rubrique « Créer une entreprise ». Du fait, entre autres facteurs, de ces réformes ainsi que d’un code des investissements incitatif, le nombre d’entreprises annuellement créées en Côte d’Ivoire serait passé de 2.775 en 2013 à 14.812 en 2018 selon un rapport de l’agence CEPICI . Soit une augmentation de plus de 400% en l’espace de cinq ans. Toujours selon l’agence, ces chiffres appréciables dénotent à l’évidence d’une meilleure promotion de la destination Côte d’Ivoire auprès des investisseurs internationaux, mais également d’un engouement local nouveau pour la chose entrepreneuriale ainsi que d’une sensibilisation auprès des acteurs du secteur informel quant aux bénéfices de la formalisation de leurs activités économiques.

Il faut remarquer qu’il existent très peu de statistiques qui portent sur la réussite des entreprises récemment crées en côte d’ivoire qui permettraient de vérifier les rapports de CEPICI.

J’ai pu avoir quelques notes qui stipulent que plusieurs des Investissements Directs Etrangers significatifs bénéficiant de régimes préférentiels font l’objet d’un suivi statistique et administratif au minimum à un niveau sectoriel ; ce qui n’est pas de même pour la plupart des PME officiellement installées en cote d’ivoire, créées dans leur grande majorité par des acteurs locaux. Il est ainsi difficile d’apprécier aujourd’hui le taux de survie de ces startups ainsi que leur contribution réelle à l’économie du pays.

Selon quelques statistiques en Amérique du nord, plus de 50% de nouvelles entreprises créées échouent et ferment au cours de leurs 5 premières années d’existence. Malgré l’absence de statistiques fiables, il est fort à parier que ce taux est bien plus important en Côte d’Ivoire, du fait du manque de préparation de bon nombre des promoteurs à la chose entrepreneuriale ainsi que de la faiblesse de l’écosystème d’accompagnement des startups locales. A juste raison, l’accompagnement des PME est devenu au cours des récentes années un sujet de préoccupation majeure et d’intérêt aussi bien pour le gouvernement que pour ses partenaires et divers acteurs privés.

le gouvernement ivoirien a acté en mars 2014 la loi n°2014-140 portant orientation de la politique nationale des PME. dont le décret n°2016-1120 du 07 décembre 2016 fixe les attributions et a ainsi créé l’Agence CI PME https://agencecipme.ci/ 

Depuis il y a eu à de nouvelles entités dans l’écosystème entrepreneurial local, ainsi qu’au regain d’activité de certaines structures préexistantes. La mission de l’Agence CI PME est de faire la promotion des PME ivoiriennes et de contribuer à la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie nationale de développement des PME pour :

  • Favorisant la création des PME 
  • Améliorer l’accès des PME aux financements et aux marchés
  • Améliorer le climat des affaires des PME
  • Développer la culture entrepreneuriale et l’innovation en côte d’ivoire.

L’Agence dont le démarrage effectif des activités s’est fait en 2018 devrait ainsi, lorsqu’elle aura atteint sa vitesse de croisière, avoir un rôle transversal dans la vie des PME ivoiriennes par le biais de ses divers instruments, à savoir :

  • Un incubateur de PME (qui est déjà en place)
  • Un observatoire de l’entreprise
  • Un fonds de garantie à octroyer aux nouveaux bénéficiaires du statut d’entreprenant

Aux côtés de cette Agence CI PME qui se dit l’organe opérationnel des interventions de l’Etat et de ses partenaires en faveur des PME, nous voyons d’autres accompagnateurs institutionnels des startups ivoiriennes, qui œuvrent aux différents stades dans des projets entrepreneuriaux à 3 niveaux:

  • En amont(avant) de la création de l’entreprise
  • À la création(au moment) de la création l’entreprise
  • Suivant le process de la création de l’entreprise.

Après ces quelques informations haut mentionnées, je voudrais vous partager les points spécifiques sur lesquels l’agence CI PME ,qui est une sous création de l’agence CEPICI, veut se baser pour donner espoir

 À tout voulant ouvrir ou créer une entreprise en Côte d’ivoire. J’apporterai mes observations et commentaires à ces 3 points que nous abordons maintenant.

En amont de la création d’entreprise

Au stade du projet, le promoteur a principalement besoin d’être formé et accompagné dans l’élaboration d’un business plan réaliste ( je propose que l’on pense à l’écriture d’un Business plan quand il existe déjà un Business model qui fonctionne et qui fait un quelconque chiffre d’affaire. Ce qui permettrait la réelle fiabilité de l’idée transformée en projet) qui lui permettra de jauger la viabilité et la faisabilité de son idée d’affaires. Plusieurs cabinets de gestion existant sur la place fournissent le service d’élaboration de plan d’affaires, sans nécessairement doter le promoteur des outils lui permettant d’en faire à postériori un véritable outil de pilotage de son entreprise.

C’est un réel et aberrant déficit à penser d’abord business plan non bancarisable ; car pas de preuve de succès à la création d’une entreprise. Et l’on continue de nous enfoncer toujours dans cette boue de pensée sans issue. C’est justement la preuve palpable avec ces modèles ou concepts des compétitions de plans d’affaires, initié pour la première fois à grande échelle en Côte d’Ivoire en 2009 par la Banque Mondiale et l’ONG Technoserve sur une période de 5 ans dans le cadre du projet « Un projet, des emplois, j’y crois ». Leur modèle des compétitions de plan d’affaires consiste en la présélection d’idées de projets dites prometteuses, en la formation des entrepreneurs présélectionnés aux divers modules du plan d’affaires et de la gestion d’entreprise afin de leur permettre d’affiner et de réécrire leurs projets, puis en une sélection finale précédée d’une présentation devant un jury d’experts.

A ce jour, deux compétitions de plans d’affaires majeures semblent durablement installées dans l’écosystème entrepreneurial ivoirien. Il s’agit de la CGECI Academyet du prix Alassane Dramane Ouattara du jeune entrepreneur émergent du Gouvernorat de la ville d’Abidjan. La participation à ces compétitions de plan d’affaires donne ainsi l’occasion selon les promoteurs, à un large public de porteurs d’idées et de projets de se faire accompagner dans la maturation de leurs idées, même si à la fin, seul un nombre réduit (en général moins de 20%) est primé. De façon cumulée, ces trois compétitions de plans d’affaires ont permis l’éclosion de plus de 300 nouvelles entreprises au cours de neuf dernières années. A côté de ces compétitions généralistes, il existe des compétitions de plan d’affaires sectorielles de moindre envergure. La plus en vue de ces compétitions est le Prix Orange de l’Entrepreneur Social, qui met en compétition des entrepreneurs de divers pays africains

L’Institut Ivoirien de l’Entreprise (INIE) quant à lui, a une approche totalement différente qui consiste pour l’institution à étudier elle-même des opportunités d’affaires dans divers secteurs d’activités, puis à élaborer et tester un modèle de PME viable répondant adéquatement au besoin identifié. Par la suite, l’INIE fait du « clonage » de ses meilleurs modèles, en sélectionnant des postulants dans les différentes régions du pays afin de les former au modèle d’entreprise(Business Model) défini et de les installer grâce à un partenariat public-privé. Cette méthode qui en est à ses débuts devrait au cours des prochaines années être déployée à grande échelle. Selon ma compréhension de la chose entrepreneurial, c’est le plan ou la procédure de l’INIE que j’encouragerait vivement.

A la création de l’entreprise

Cette étape voit des questionnements multiples de la part du porteur de projet d’entreprise :

  • choix de la forme juridique adéquate pour la société en création
  • Le régime fiscal à adopter
  • La répartition optimale des capitaux disponibles entre capital social et emprunt auprès des associés…

Cependant à ce stade, seuls quelques entrepreneurs ont recours à des cabinets fiscaux ou de conseil en gestion pour se faire accompagner dans la prise de décision. La plupart des promoteurs de PME s’en tiennent à une visite du CEPICI, qui est le seul acteur fournissant une information de masse quant aux options légales et fiscales s’offrant aux créateurs d’entreprise. Les conseillers du CEPICI devraient pouvoir effectivement procurer les informations relatives aux conditions à remplir pour les différents types de sociétés ainsi qu’aux particularités des différents régimes d’imposition. Leur rôle d’informateurs et de conseillers devraient appuyer les porteurs de projets dans le détail quant aux enjeux des options parfois irréversibles qu’ils prennent lors de la constitution de leurs sociétés.

Après la création de l’entreprise.

La période suivant immédiatement la création de l’entreprise est la plus cruciale pour le porteur de projet. Cette période nécessite la mise sur pied rapide des opérations et un plan de développement agressif du business qui permettra d’éviter que le capital investi soit totalement absorbé par les investissements initiaux et les charges fixes de fonctionnement. Au cours des récentes années, plusieurs acteurs se sont spécialisés sur la niche de l’accompagnement des PME durant cette phase.

Tel que les incubateurs et accélérateurs à titre gratuit, intégrés par les PME à la suite d’un processus compétitif institué par des acteurs tels que la CGECI https://cgeci.com/   

Ou même le Gouvernorat de la ville d’Abidjan ou les opérateurs de téléphonie mobile. Ces incubateurs et accélérateurs offrent aux lauréats des paquets d’accompagnement plus ou moins similaires incluant l’incubation physique (domiciliation, bureaux, internet, téléphone), la formation en gestion, le mentorat par des experts et entrepreneurs du même secteur d’activité, la mise en relations d’affaires notamment à travers des événements promotionnels ainsi que des financements gratuits. Dans le cas spécifique des accélérateurs portés par les sociétés de téléphonie mobile, une valeur ajoutée supplémentaire émane généralement du partenariat entre l’opérateur de téléphonie mobile et les startups, ce qui donne de meilleures chances à ces dernières évoluant dans le secteur des NTIC de déployer leurs services à grande échelle.

A côté de ce modèle gratuit coexiste l’incubation à titre onéreux offert aujourd’hui par une dizaine de structures dont :

Dream Factory de l’Agence CI PME

  • Jokkolabs
  • Incub’Ivoir
  • Aziko Hub
  • ADN Factory
  • Dekko Group

Hormis l’accès aux financements gratuits et le mentorat, ce type d’incubateurs offre généralement les mêmes services que les incubateurs et accélérateurs adossés à des compétitions de plans d’affaires.

À côté de cela il y a les espaces de coworking qui font de plus en plus leur entrée sur ce type de marché. L’on en dénombre plus d’une dizaine dans la capitale économique ivoirienne :

  • Régus
  • The Corporate Square
  • CO.Lab
  • Assoya
  • Grasien Group
  • Ovillage
  • EliteBuro
  • Seedspace
  • InnovHouse
  • AMN Coworking space.

Ces entités ne font bénéficier que de services physiques à leurs clients, selon des formules modulables en fonction des besoins de ces derniers. L’intérêt principal des espaces de coworking réside dans la flexibilité qu’ils offrent aux PME d’avoir des charges de fonctionnement variables en fonction de leur niveau d’activité. De plus, tout comme les incubateurs et accélérateurs d’entreprise, ils permettent aux promoteurs d’évoluer dans un environnement entrepreneurial stimulant et soutenant la créativité.

En somme

L’écosystème de l’entrepreneuriat et les accompagnements de l’initiative de la Côte d’Ivoire se met progressivement en place, notamment grâce aux efforts consentis d’une part par le gouvernement et d’autre part les partenaires pour la promotion des PME. Il faut noter que cela est encore très insuffisant pour satisfaire la demande existante. Ainsi pour les 14.812 entreprises qui seraient créées en Côte d’Ivoire en 2018, l’on peut sans risque de se tromper estimer que moins de 5% ont pu bénéficier d’un accompagnement à la rédaction d’un plan d’affaires dans le cadre des compétitions de plans d’affaires, et que moins d’1% bénéficient de services d’incubation et d’accélération.

Afin d’augmenter les chances de survie et de développement des PME ivoiriennes, le secteur privé et les entrepreneurs déjà stables se doivent de prendre le relais dans l’accompagnement des startups locales. En plus des Centres de Gestion Agréés et des cabinets comptables, les sociétés de conseil en gestion devraient se tenir aux côtés des PME dans ce pays qui se disait dans un passé récent, l’éléphant d’Afrique ;pour les assister face aux enjeux stratégiques et opérationnels qu’elles rencontrent au quotidien. Il conviendrait évidemment pour ces acteurs d’user de créativité pour  trouver des mécanismes autres que les subventions étatiques qui être une source de paralysie dans leur accompagnement .

Merci de votre temps.

Babeho Koudou

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